Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)
Le 22 mai 2026
Assistons-nous à la défaite du mode de gestion défensif versus l'offensif ? Depuis le début de l'année, notre portefeuille Offensif défie la gravité en affichant des gains hors du commun de 27%. Le Défensif se démène comme un beau diable, mais il peine à dépasser les 6%. Sur un marché en proie au doute, comme celui que nous connaissons depuis fin février, on aurait pu légitimement s'attendre à la déroute de toutes les stratégies agressives. C'est en réalité l'inverse qui s'est produit. Le plus troublant, c'est que notre portefeuille Défensif ne sous-performe pas seulement l'Offensif sur courte période. C'est aussi le cas sur cinq et dix ans. Au total, depuis la création de nos portefeuilles le 1er décembre 2011, le Défensif affiche une hausse parfaitement honorable de 246% nettement plus forte que le CAC 40 (+154%), mais nous sommes loin de l'Offensif qui remporte tous les suffrages (+308%).
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Un tel décalage semble en contradiction totale avec toutes les études académiques montrant que sur longue période, les meilleures performances sont obtenues par la mise en place de stratégies prudentes privilégiant la solidité des entreprises sélectionnées et la visibilité à la fois sur l'activité et les profits. L'archétype du bon choix en matière de gestion prudente ce sont les fameuses valeurs « dividend aristocratics », comme Coca Cola, Johnson & Johnson, ExxonMobil, ATT, IBM ou Walmart. Des indestructibles qui n'ont pratiquement jamais baissé leur coupon et qui ont fait la fortune de plusieurs générations d'épargnants américains depuis le début du 20ième siècle. En France, nous avons les nôtres, avec toute proportion gardée, de grands groupes comme L'Oréal, Air Liquide, TotalEnergies, Danone ou EssilorLuxottica.
En toute logique, c'est autour de ces valeurs européennes que nous avons structuré notre portefeuille Défensif depuis sa création. Il s'agit de sociétés plutôt orientées vers la croissance et peu affectées par les aléas de la conjoncture économique. Des affaires globalement bien gérées et peu endettées, dont la valorisation boursière reste cohérente avec la réalité financière de leur activité. Avec une performance annuelle moyenne d'un peu plus de 9% en 14 ans, notre portefeuille n'a évidemment pas démérité, mais l'application de la sacro-sainte règle de diversification des risques et de recherche de moindre volatilité n'a pas conduit aux meilleurs résultats. On peut difficilement expliquer cette situation par l'absence de krach ou de corrections fortes qui aurait introduit un biais par rapport aux références historiques sur lesquelles se basent les études académiques sur longue période. Avec la chute historique de l'euro en 2014, la crise du Covid, la guerre en Ukraine et le conflit actuel en Iran, nous avons eu depuis fin 2011 notre lot d'accidents boursiers qui n'a rien à envier avec les grandes crises boursières ayant marqué le XXème siècle.
Le retard pris par les stratégies d'investissement les plus offensives n'est pas à rechercher dans l'histoire passée, mais dans la période tout à fait spécifique que nous connaissons depuis l'accélération phénoménale de la hausse des valeurs technologiques au début des années 2020. L'indice Nasdaq a été multiplié par trois en près de 6 ans, d'abord avec l'envolée des cours des grands producteurs de contenu sur internet, comme Alphabet, Amazon et Meta, ainsi que le constructeur de voitures électriques Tesla, puis dès 2022 avec l'entrée en scène des fabricants de semi-conducteurs pour l'IA (Nvidia, On Semiconductor, Palantir, Micron Technology, etc…).
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L'écart entre les valeurs traditionnelles et la tech n'a pas cessé de se creuser, avec des écarts de valorisation allant du simple au quintuple pour les fabricants de semiconducteurs les plus recherchés. Rien à voir avec la surcote des valeurs de croissance qui n'excédait pas 50% de la moyenne du marché avant l'envolée du cours des sociétés liées à l'IA.
Dans un tel contexte, les valeurs de croissance qui constituent l'ossature du portefeuille ont eu du mal à se singulariser. Elles se sont même retrouvées rétrogradées dans le « tout-venant » sans grande distinction par rapport à la moyenne du marché. Le phénomène s'est encore accentué avec la guerre en Iran qui a très peu touché les valeurs technologiques portées par leur propre dynamique de croissance, alors que toutes les autres valeurs ont été regardées avec suspicion, exception faite bien sûr du secteur de l'énergie porté par la hausse du prix de pétrole et du gaz. C'est même au cours des trois derniers mois que la surperformance de portefeuille Offensif par rapport au Défensif a été la plus forte.
Combien de temps le marché peut-il ignorer les risques liés à un enlisement du conflit iranien et à un maintien du blocage du détroit d'Ormuz ? Concernant les valeurs technologiques, les plus optimistes considèrent qu'elles n'ont pas de raison de souffrir de la situation actuelle puisqu'elles obéissent à leur propre dynamique de croissance. La tech n'est cependant pas totalement immunisée contre les tribulations de l'économie réelle. Un déréglage des marchés financiers, notamment lié à une hausse excessive des taux d'intérêt, pourrait compromettre le financement des énormes besoins d'investissement dans le secteur. A ce titre, une grosse partie des 750 milliards de dollars prévus cette année par les cinq leaders du secteur est directement liée à leur capacité de financement.
L'exemple de l'accueil plutôt glacial réservé aux résultats trimestriels de Nvidia, pourtant supérieurs aux attentes, montre par ailleurs que les investisseurs se sentent de plus en plus blasés par les bonnes nouvelles. Celles-ci sont jugées trop souvent « téléphonées », car entretenues par les prévisions volontairement conservatrices. Le marché pourrait aussi caller sur un succès mitigé des mégas introductions en Bourse prévues cette années à Wall Street, comme SpaceX, OpenAI ou Anthropic.
Au-delà de la tech, les Bourses mondiales ne pourront pas indéfiniment ignorer les signes de ralentissement de la croissance mondiale liés aux conflits actuels au Moyen-Orient, en Ukraine et peut-être demain à Taïwan. Les tensions inflationnistes semblent s'installer dans à peu près tous les domaines, les taux d'intérêt se tendent et les chances de voir les banques centrales intervenir de façon providentielle en assouplissant les conditions de financement de la croissance économique paraissent largement compromises.
Dans ce contexte, les principes de bonne gestion sur lesquels reposent notre portefeuille Défensif conservent toute leur pertinence. Leur moindre réactivité aux fluctuations boursières pourrait même devenir un argument de poids, si la tendance venait à durablement s'infléchir.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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